The Box - Richard Kelly

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The Box - Richard Kelly

Message  Udéka le Sam 5 Juin - 4:12

A – ON / OFF

À lire que si vous n’avez pas encore appuyé sur le bouton.

1976. Les Lewis sont une famille américaine soudée. Le mari travaille pour la NASA à Langley, son épouse enseigne la littérature, leur enfant suit sa scolarité. Tout va pour le mieux jusqu’à ce que le couple subisse des revers cinglants sur le plan professionnel et financier.

C’est alors qu’ils reçoivent un paquet dans lequel se trouve une boite en bois surmontée par un bouton sous une capsule. Un personnage mystérieux, Arlington Steward, apparaît pour leur proposer un marché en termes clairs mais implacables. Si les Lewis appuient sur le bouton, il leur sera versé un million de dollars, mais en contrepartie, quelqu’un mourra. Quelqu’un qui leur est étranger. Et ceci, n’importe où. S’ils choisissent de ne pas agir, la boite disparaitra de leur vie et cette manne providentielle ne sera plus qu’un souvenir.

Ils disposent de vingt-quatre heures pour prendre leur décision. Le messager repart et laisse le couple seul, perdu dans ses interrogations, puis plongé dans les affres de ses angoisses. L’Effet-papillon peut désormais déployer ses ailes.

En seulement trois films, Richard Kelly a bâtit une œuvre atypique qui ne peut que diviser dans les jugements. En 2001, venu de nulle part, Donnie Darko allait marquer les esprits en déroutant le « teen movie » par des dérapages thématiques de toutes sortes. Après le controversé Southland Tales, considéré soit comme un pâté indigeste, incompréhensible et prétentieux, soit comme une envolée satirique qui pointe le doigt sur le chaos de notre ère, il serait permis de croire que Kelly ait versé une généreuse dose d’eau dans son vin. Ce serait mal le connaître.

Dans les années quatre-vingt, Richard Kelly découvre la nouvelle Le Jeu du bouton (« Button, Button » – 1970) de Richard Matheson. En une nouvelle de huit pages glaçantes toute la patte Matheson s’impose : un postulat simple, un développement sans fioritures, un coup de marteau sur le lecteur dans les dernières lignes. La nouvelle fut déjà adaptée par Peter Medak (The Changelling) en 1986 dans la série The New Twilight Zone. Il est à noter que cette version propose un changement notable pour la chute finale qui déplut fortement à l’auteur au point qu’il refusa d’apparaitre sous son vrai nom au générique pour le poste de scénariste.

Mais revenons à nos boutons. Sur tous les sujets qu’il aborde, Kelly veut imposer ses questionnements et démonstrations quitte à parfois laisser son spectateur sur le bas-côté de la route de la compréhension. Il s’est donc réapproprié la nouvelle initiale. La collision entre le style Matheson, dompté par la concision, et le style Kelly, porté sur le foisonnement de thèmes disparates, provoque quelques anicroches. Malgré cela, la première moitié du métrage fait nettement plus penser à Night Shyamalan qu’à l’auteur de Southand Tales.

Disons le tout net, la première phase de The Box s’avère soufflante de maitrise. Une phase sans un bout de gras, tendue, riche. Toute une atmosphère de paranoïa globale s’y développe dans une inquiétante étrangeté, dans un brillant hommage au cinéma américain anxiogène d’après le scandale du Watergate. Sous le quotidien, une conspiration au-delà des dilemmes qui agitent la cellule familiale se tisse. Les détails intrigants affluent et se recoupent. Le jeu du bouton aurait-il un lien avec le programme Viking, ces missions d’observation du sol de Mars ?

En tant qu’outil de narration, il est bien exploité que les questions savamment posées sont plus fascinantes que les réponses, ne serait-ce que dans les séries télévisées comme X-Files ou Lost pour citer des références dans ce domaine. Une fois la partie Matheson exposée, la partie Kelly domine. Et là, que ce soit en bien ou en mal, il va falloir s’accrocher.

Si vous n’avez pas vu The Box, il vaudrait mieux interrompe la lecture à ce stade afin d’éviter d’en savoir trop.

À tout de suite sur la deuxième partie, sinon…

B – OFF / ON

Ne lire que si vous avez appuyé sur le bouton.

« Alors, c’est ça l’enfer. Je n’aurais jamais cru… Vous vous rappelez : le soufre, le bûcher, le gril… Ah! quelle plaisanterie. Pas besoin de gril : l’enfer, c’est les Autres. »

Huis clos - Jean-Paul Sartre

Vous connaissez sans doute l’édifiante expérience de Stanley Milgram appelée le test de soumission à l’autorité. Le test du bouton a pour lui d’éluder toutes les notions qui permettent de faire passer la pilule (l’électrifié ou « individu-cible » est un acteur, apparence de légitimité des responsables) pour accéder à l’essentiel. Pas de pression d’une autorité, pas de faux-semblants, juste sa conscience en jeu. Serions-nous tous des tueurs à gage en puissance si le meurtre est indirect et parfait ? Meurtre parfait dans le sens que nous ne serons jamais condamné par un tribunal pour cet acte.

Le bouton est une gâchette mais le meurtre est déresponsabilisé et semble t-il, hasardeux. Bien sûr, les dés sont pipés. Tout comme l’on constate que le test est biaisé dès le départ puisque le couple Lewis est placé dans une situation financière et morale précaire avant que le marché ne lui soit proposé. Le libre arbitre, d’accord, mais avec coercition. L’absurdité du test est écrasante ; la boite ne sers à rien en elle-même, ce qui compte, c’est de prouver une seule fois que le matérialisme et l’égoïsme dictent nos actes. En vertu de quoi, nous seront jugés et punis au centuple. Concept judéo-chrétien, moralité individuelle, existentialisme. À nous de choisir.

Et Dieu alors, puisqu’on en parle ? N’oublions pas Jericho Cane (Dwayne Johnson alias The Rock) qui se révèle en tant que messie dans Southland Tales. Est-ce notre créateur qui nous jauge dans la balance ? À ce titre, les employeurs de Stewart pourraient être des martiens, l’intervention divine, des Reptiliens, ou des entités spirituelles, faites votre choix (oui, une fois de plus). Ce n’est pas l’important. Le spectateur a de quoi se demander à quoi sert ce Grand Plan™️ à la The Game qui louche sur les théories du complot les plus improbables et si le réalisateur prends lui-même au sérieux ses MacGuffins. De toute façon, la logique de tout cela nous échappe. Les marionnettistes sont dotés d’un sens de l’humour très spécial comme le prétends leur émissaire.

Le problème du film réside dans le fait qu’il en dit trop ou pas assez, qu’il en montre trop ou pas assez. Par exemple, le réalisateur dévoile des portails liquides dans la séquence de la bibliothèque mais restera vague sur le pourquoi du comment. Ce qui produit à la fois la sensation délicieuse de perdre pied en gardant des pistes en vue mais aussi de naviguer dans l’abscons. Même si l’inexplicable, ou le partiellement expliqué, se tient sur le principe que je résumerais comme « l’insecte confronté au verre ».

Explicitons : dans le monde des insectes, le verre n’existe pas. Il ne devrait pas exister. En tant qu’êtres humains, si nous étions confrontés à une technologie et des visées d’essence supérieures, nous n’y comprendrions pas grand chose. Il est même admissible de penser que si une invasion extra-terrestre se produisait demain personne ne serait capable d’appréhender de façon rationnelle l’évènement. Nous serions comme des insectes face à une fenêtre de verre. Cela est même explicite avec la troisième loi d’Arthur C. Clarke citée en toutes lettres : « Toute technologie suffisamment avancée est indiscernable de la magie ». Et nul ne peut analyser la magie, mais chacun pourrait la constater. À ce niveau, nous ne parlons plus de science mais de mystique.

Puisque nous parlons d’allégorie, la boite de Pandore, et – difficile d’y échapper en Occident – Eve et sa pomme, sont au coeur de The Box. Il serait facile de prétendre que les femmes y sont toutes coupables, puisque ce ne sont qu’elles qui appuient sur le bouton mais ce serait injuste. Les hommes ne s’opposent jamais. Consentement tacite ou exprimé, qu’importe. Laisser faire est un choix impliquant, lui aussi.

Auteur avec des tics, Kelly cède à des circonvolutions considérées par certains comme inutiles. Il n’empêche que les thèmes sont distincts et se répercutent dans chacun de ses films : le secret sous l’écorce du monde, le savoir révélé, le libre-arbitre face au destin. Donnie a la connaissance du destin, il a percé le secret des choses enfouies, il en fera un choix lourd de conséquences. Autre constante : le fait de lier le microcosme, (un adolescent, un groupe de freaks, un couple) à une échelle plus vaste, jusqu’au macrocosme, jusqu’à déterminer l’humanité toute entière.

Pour résumer, The Box se divise en une partie éclatante (l’émotionnel) et une partie nébuleuse (le surnaturel). Conclusion, les fans seront enchantés et les détracteurs les plus virulents le prieront d’arrêter de brandir Sartre et de se prendre pour un Kubrick new age. Pour les atouts, le grand Frank Langella (Dracula pour toujours) s’empare d’un rôle qui aurait pu n’être qu’un méchant de carnaval avec force ironie, ambiguïté et prestance. Le duo Cameron Diaz et James Mardsen laisse transparaitre une belle alchimie. Pour finir, la bande originale du groupe indépendant Arcade Fire colle aux images.

Après avoir bousculé le teen-movie, la chronique urbaine contemporaine, Kelly brouille le drame intimiste (après tout, The Box ne traite-t-il pas que des tourments d’une famille ?), pas toujours avec dextérité (il a encore la main lourde), mais avec le toupet d’un premier de la classe qui n’y va pas par quatre chemins. Le prochain film de Kelly devrait être un thriller de science-fiction. Il y a des chances qu’il transgresse une nouvelle fois ce qui était convenu.
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Re: The Box - Richard Kelly

Message  Dangercop le Dim 6 Juin - 5:06

J'adore ton texte à double facette. Il y a en effet des obsessions dans le travail de Richard Kelly. J'ai vu des dizaines de fois son premier film, j'ai lu le livre qu'il lui a consacré, il y a encore pour moi des zones d'ombre. J'aimerai assez avoir (si tel est ton désir) un jour ton approche de Donnie Darko, justement.
Tu as parfaitement transcrit ce qui ne m'a pas plu dans the box, je m'en étais déjà ouverte précédemment. Cool
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L' impeccable Frank Langella ...

Message  Callahan le Dim 6 Juin - 20:14

Dangercop a écrit:Tu as parfaitement transcrit ce qui ne m'a pas plu dans the box, je m'en étais déjà ouverte précédemment. Cool
Et moi, ce qui m'a plu Wink
Et après cette lecture et ce qu'en on dit les autres membres (soit pour, soit contre, j'aime les films qui divisent cyclops ), il me tarde de voir Southland Tales ...

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Re: The Box - Richard Kelly

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