Inception - Christopher Nolan

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Inception - Christopher Nolan

Message  Le Docteur le Lun 26 Juil - 9:26


Comment implanter une idée dans l’esprit d’un homme, une inspiration qui modifiera à jamais sa perception des choses ?

Depuis Memento, Christopher Nolan ne s’est jamais caché qu’il pensait qu’un réalisateur devait être aussi libre qu’un écrivain dans le déroulement de son récit. S’il s’accomode des genres (le thriller, le polar, le film de super-héros), il se les réapproprie pour les lier à sa guise, exposer ses obsessions et faire évoluer des personnages constamment sur le fil du rasoir, en marge de la ligne du réel. Après l’amnésie (Mémento), la fatigue (Insomnia), l’illusion (Le prestige), et la folie (The Dark Knight), le réalisateur explore l’univers du rêve. Il en fait un territoire du subconscient que l’on peut pénétrer pour subtiliser les secrets du rêveur. Un art dans lequel excelle Dom Cobb et qui lui vaut de faire sa route dans l’espionnage industriel. Mais Dom est devenu un fugitif suite à la mort de sa femme et il souhaite plus que tout retrouver ses enfants. Sa route croise bientôt celle d’un magnat qui lui propose un marché, sa liberté en échange d’une mission. Il devra effectuer une inception, c’est à dire implanter une idée dans l’esprit d’un homme afin qu’il abandonne la société de son père. A Cobb de réunir une équipe hors pair pour réaliser l’impossible alors que le « fantôme » de sa femme ne cesse de surgir pour le court-circuiter.

Après une introduction qui expose succinctement l’univers dans lequel le film va évoluer, le rôle de l’architecte, les rêves imbriqués, l'organisation de Dom et son équipe, le trauma du héros et un grand nombre d'informations (peu en regard de la densité du tout), on a finalement assisté à un entretien d’embauche grandeur nature qui vise à recruter un chef de mission. Un entretien auquel fera écho celui de la nouvelle architecte un peu plus tard dans le film. On se souvient de l’introduction de Dark Knight qui mixait avec une réjouissance Mannienne le braquage et le super vilain. Voilà qu’on nous invite à un vrai film de braquage mixé à un film d’espionnage dans un univers onirique. La différence étant qu’il ne s’agit plus de voler avec des armes, mais d’infiltrer un esprit sans que la personne visée ne s’en rende compte. A la réunion des spécialistes, son fidèle associé (Joseph Gordon Levitt, qui fait son chemin dans la cour des grands) une architecte (Ellen Page), un faussaire de génie (Tom Hardy, toujours aussi charismatique, son duo avec Levitt est excellent), un chimiste capable de vous plonger dans un profond sommeil. Une fine équipe intellectuelle, le top du top, que Nolan nous expose de manière claire dans leur réunion comme dans leur rôle. L’interprétation irréprochable de chaque acteur achève d’emporter l’adhésion. On se retrouve plongé dans une préparation à la Mission Impossible. On se réunit pour délimiter le terrain (la construction des trois rêves), le plan (les trois niveaux de diversion), la stratégie de pénétration (un homme de l’entourage), et amener l’héritier sur son terrain. Et quand le jour arrive, rien ne se passe comme convenu. Une première partie style Mission Impossible parfaitement réussie et qui pose la preuve que Nolan sait toujours parfaitement jongler avec les genres.

Inception est aussi le gros jouet d’un couple de scénaristes hors pairs (les frangins Nolan) et plus que jamais en pleine possession de leur moyens. The Dark Knight semblait être l’aboutissement dans la gestion d’un nombre d’enjeux impressionnants sur plusieurs personnages au sein du chaos de Gotham, mais Inception gère encore plus aisément la barque au niveau formel. Comme le Joker (Dark Knight) propageait sa folie dans son récit, Lenny (Memento) évoluait à rebours et le Prestige était construit sur une diversion, le rêve contamine la structure d’Inception. Par ses lois, il dicte la construction du deuxième acte : Un récit à tiroir sur trois niveaux de rêves, auquel on ajoute trois niveaux temporels distincts. Un jonglage périlleux s’annonce déjà. A Nolan d’en profiter pour instiller un élément extérieur, sorte d’antivirus de la conscience de l’héritier pour accentuer les enjeux et guider les personnages vers une troisième menace bien réelle. La mission d’implantation rejoint alors la mission de survie. Nolan tient alors son climax sur pas moins d’une heure grâce à un montage en alternance parfaitement maîtrisé, qui incorpore dans le scénario du niveau supérieur les éléments ingérés par la « victime » ainsi que la menace du point de réveil. Du beau travail qui fait qu'on ne s'ennuie jamais sur toute la durée du film et ce malgré les multiples enjeux qui pourraient larguer le spectateur. Cette partie permet également de mettre en avant chacun des personnages secondaires qui se retrouvent maître d'un univers, ne laissant ainsi aucune scène inutile et aucun personnage sur le carreau. Et puis l'enthousiasme de Nolan à expliquer en détail les mécanismes qui peuvent mener au tour de magie, à l'exécution parfaite d'un crime/un tour est communicatif. Le sans faute au niveau du scénar permet même de s'accorder quelques suppositions sur la fin du film, à mon avis hors de propos car au bout de deux visionnages, tout est là et parfaitement cohérent.

Il y'a enfin cette coutume qui veut que le personnage clé du film soit aux portes de l'irréel. Ici Dom a connu un niveau de rêve avancé et sa femme (Marion Cotillard) n'a pas supporté de revenir dans la réalité. Il se raccroche alors à elle dans son subconscient, la rendant susceptible de foutre en l'air le plan. Cette partie est la seule à ne convaincre qu'à moitié car Nolan a beau s'être amélioré sur tous les points à chaque nouveau film, il a toujours du mal à transmettre l'émotion brute qui va difficilement de paire avec l'approche cérébrale de son cinéma (malgré quelques beaux moments sur The Dark Knight). Si DiCaprio est pour une fois crédible en personnage mur, Marion Cotillard convainc moyennement. Les scènes d’action sont toujours assez confuses, mais elles servent toutes à quelque chose, ce qui est déjà une grande chose actuellement. Il ne manque à Inception qu’une seule chose, lâcher un peu de sa froideur pour tendre vers l’humain (en ça, la symbiose de l'équipe est rassurante) et peut-être moins gonfler ses climax avec ses thèmes musicaux (cela dit Zimmer a fait du bon boulot). Bref, ce n'est pas tous les jours qu'on voit un film aussi stimulant.

5/6

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Re: Inception - Christopher Nolan

Message  jefbyos le Ven 30 Juil - 0:11

Bon, vu hier soir et j'ai kiffé (comme ça c'est clair dès le départ). J'en profite pour re-poster mon avis que j'ai collé sur Mad, puis je reviendrai sur ce qu'a écrit le docteur plus bas.

Spoilers, toussa.

Effectivement, si le film fait inévitablement penser à Matrix au premier abord, il m'a beaucoup fait penser à d'autres pelloches que je kiffe (Total Recall, Dark city ou Strange Days). Amha, la comparaison avec Matrix est plus esthétique (ralentis et autres combats en suspension) que scénaristique, la différence majeure étant que la saga des Wachowski (et particulièment le premier) est construite sur une trame super-héroïque, absente du métrage de Nolan. C'est peut-être donc un faux compliment (ou une comparaison trompeuse), puisque Matrix donnait au spectateur le sentiment que lui aussi pourrait être "débranché" et connaitre le "monde réel", côtoyer Néo voir être l'Elu. On ne retrouve pas cette mécanique dans Inception, qui pour moi est un jeu de cubes plus proche de Total Recall.... Mais dans ces deux cas, la confusion entre rêve et réel est nécessairement différente chez Nolan : partant d'un univers de base déjà biaisé (teinté de vert chez les Wacho, et carrément SF chez Verhoeven), on retrouve l'obsession de "réalisme" qui maille tout ses films (et qui lui est souvent reprochée).

Partant de là, il est évident que les rêves que créent les architectes se doivent d'être aussi proche que possible du réel, sans quoi le film et son final ambigu ne fonctionnent plus : difficile donc de lui reprocher de ne pas exploiter plus l'architecture paradoxale, qui aurait déséquilibré l'édifice. Ce qu'on aurait gagné en fun immédiat, on l'aurait perdu en confusion des genres.

Idem concernant le rôle accordé à Marion Cotillard : si comme beaucoup j'aurais souhaité que le versant Mata-hari de son personnage soit exploité plus avant, c'aurait été au final une erreur dès que l'on admet sa présence comme les remords que Cobb tente de refouler : c'aurait été faisable, mais au prix d'un surjeu de DiCaprio pour rester dans les clous. Et là, justement, je l'ai trouvé très à sa place, et ses émotions sont distillées avec infiniment plus de finesse que dans le récent Shutter Island, son coté manipulateur et menteur ne parasitent pas son charisme "positif".

A propos de la confusion entre réel et rêves, d'ailleurs : si l'on revoir les séquences sensées se passer alors que les protagonistes sont éveillés, on peut trouver des éléments qui subtilement posent les bases du paradoxe final, comme la course-poursuite à Mombasa ou la présence de Miles à Paris alors qu'il est sensé avoir la garde des gosses de Cobb aux states. Sauf erreur de ma part qu'une seconde vision attentive viendrait confirmer ou pas (c'est un Amha formel), j'ai tendance à penser que cette réalité soit aussi un rêve de Cobb.

Bref, casting impeccable, mise en scène, photo, SFX et BO au diapason, rythme soutenu passé la première demi-heure quelque peu troublante (l'explication de l'univers est plus une plongée la tête la première dans le bain) au service d'un scénario habile de bout en bout : c'est un 5,5/6 pour moi.

(et pour le petit coté chauvin, ça fait toujours plaisir de voir Paris montrée telle qu'elle est et non comme l'image d'épinal standart chez les ricains... Même si on à droit à une C3 à la place de la traditionnelle 2 CV MrGreen)

Le Docteur a écrit:Le sans faute au niveau du scénar permet même de s'accorder quelques suppositions sur la fin du film, à mon avis hors de propos car au bout de deux visionnages, tout est là et parfaitement cohérent.
Ne l'ayant visionné qu'une fois (pour le moment), je me contenterai de te plussoyer sur la base des éléments que j'ai relevé... Mais peut-être n'arrive-ton pas à la même conclusion Question

Le Docteur a écrit:Il y'a enfin cette coutume qui veut que le personnage clé du film soit aux portes de l'irréel. Ici Dom a connu un niveau de rêve avancé et sa femme (Marion Cotillard) n'a pas supporté de revenir dans la réalité. Il se raccroche alors à elle dans son subconscient, la rendant susceptible de foutre en l'air le plan. Cette partie est la seule à ne convaincre qu'à moitié car Nolan a beau s'être amélioré sur tous les points à chaque nouveau film, il a toujours du mal à transmettre l'émotion brute qui va difficilement de paire avec l'approche cérébrale de son cinéma (malgré quelques beaux moments sur The Dark Knight). Si DiCaprio est pour une fois crédible en personnage mur, Marion Cotillard convainc moyennement. Les scènes d’action sont toujours assez confuses, mais elles servent toutes à quelque chose, ce qui est déjà une grande chose actuellement. Il ne manque à Inception qu’une seule chose, lâcher un peu de sa froideur pour tendre vers l’humain (en ça, la symbiose de l'équipe est rassurante) et peut-être moins gonfler ses climax avec ses thèmes musicaux (cela dit Zimmer a fait du bon boulot). Bref, ce n'est pas tous les jours qu'on voit un film aussi stimulant.
je l'ai trouvé au contraire impeccable Cotillard... Bien meilleure que chez Mann, en tout cas.
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