James Bond 1964 - 1967 : le roi du monde

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James Bond 1964 - 1967 : le roi du monde

Message  Callahan le Dim 25 Avr - 0:45

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Par Guy Gadebois
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NB les photos ont disparues....

Vous le demandiez tous (enfin je pense...), le voilà ! Le deuxième chapitre de mon topo sur Bond au cinéma.

Bonne lecture


En 1964, Broccoli et Saltzmann sont des producteurs heureux. « Docteur No » et « Bon baisers de Russie » on été de francs succès qui laissent espérer un avenir radieux pour les prochaines adaptions de Fleming.

Seulement, en producteurs avisés, Broccoli et Saltzman savent également que le public se lasse aussi vite qu’il se passionne, et qu’il va falloir à chaque fois devancer ses attentes. Il est temps pour Bond de quitter les rivages de la série B (qu’il laissera à une foule d’imitateurs plus ou moins inspirés) pour s’élancer à l’assaut du divertissement haut de gamme, quitte à faire certaines concessions.



Le pré-générique de Goldfinger donne d’emblée le ton : camouflé dans le plan d’ouverture en canard (!), Bond porte un costard impeccable sous sa tenue d’homme grenouille (!!), et fait ensuite sauter le repère d’un trafiquant de bananes parfumée à l’héroïne (!!!). Exit donc les thrillers d’espionnage, et adieu au fonctionnaire du MI-5. Les prochaines aventures de Bond seront caractérisées par une recherche presque frénétique de l’efficacité instantanée au détriment de l’atmosphère et de la vraisemblance.

Commencé par Terence Young et finalement mis en boite par Guy Hamilton (pour d’obscure raisons de signature de contrat), Goldfinger marque le début de cette course effrénée à la surenchère à tous les niveaux qui atteindra (une première fois) son apogée avec le délirant «on ne vit que deux fois» en 1967.

Le message est désormais clair : « vous êtes venus pour en prendre plein la vue, on va vous en mettre plein la vue ». Et Goldfinger tient admirablement ses promesses ; du superbe plan d’ouverture (après un générique devenu légendaire) jusqu’au plan de fin, c’est du jamais vu pour le spectateur de l’époque. Chaque situation est explosive, chaque perso inoubliable :

- ainsi Auric Goldfinger, loin d’être un simple escroc international, devient un génie du mal ne vivant que pour et par l’or (et servi par l’interprétation énorme de Gerd Froebbe)
- De même son exécuteur des basses oeuvres, Oddjob, tient plus de la machine à tuer que du simple tueur à gage
- quand il s’agira de menacer de couper Bond en deux, la sempiternelle scie circulaire sera avantageusement remplacée par un rayon laser (encore jamais vu au cinéma à l’époque)

La mallette de « bon baisers... » ayant tapé dans l’oeil des spectateurs, les gadgets ont une place plus importante. Les fans purs et durs regretteront souvent cette tendance, sans remarquer toutefois que le gadget, chez Bond, ne sert qu’à faire de façon plus élégante un truc que 007 aurait pu faire avec les moyens du bord. Le briquet/traceur que Bond utilise pour filer la Rolls de Goldfinger ne sert qu’à apporter un sang neuf à la traditionnelle scène de filature et les mitrailleuses et le siège éjectable de l’Aston Martin n’empêcherons pas Bond d’être capturé par les hommes de Goldfinger. De toute façon, Bond méprise les gadgets (chaque scène avec Q est une occasion de le rappeler) et passe son temps à les détruire.

On peut regretter le Bond de « Bons baisers de Russie », mais il n’empêche que « Goldfinger » marche admirablement bien et dépasse encore aujourd’hui de la tête et des épaules pas mal de films contemporains. La qualité de son découpage (encore Peter Hunt) et de son interprétation ainsi que le soin apporté à la production (les décors de Ken Adam en jettent) font que les quelques incohérences qui parsèment pourtant le film (pourquoi Goldfinger passe-t-il autant de temps à présenter son plan aux maffiosi pour les gazer dans la scène suivante ? a quoi sert Tilly Masterson ?) passent inaperçues et ne gâchent en rien le plaisir du spectateur.

Seul regret : le Bond des deux premiers films n’a plus sa place dans ce contexte, et Goldfinger, s’il donne encore l’occasion à Connery de se distinguer dans de bonnes scènes de tension pure (la scène du laser, le final...), marque néanmoins le début de la lente évolution de l’espion au permis de tuer vers le gentleman surdoué distributeur de bons mots et de sourires en coin.

Le public lui, en tout cas, s’en fiche, et fait un triomphe mondial à Goldfinger. Le film reste encore aujourd’hui un des plus gros (si ce n’est le plus gros) succès de la franchise et engendrera à partir de 1964 une vague d’espionnite qui balaiera tout l’occident ; tout le monde va y aller de son espion : la série B italienne (avec quelques franches réussites signées Solima, Freda ou grieco), la télévision (« les espions », « man from the UNCLE » etc...), la bande dessinée (« Nick Fury agent of shield »). L’espionnage est à la mode pour un bon bout de temps, et pour Broccoli et Saltzman, il faut battre le fer tant qu’il est chaud.



Immédiatement mis en chantier après Goldfinger (avec Terence Young de retour pour la dernière fois aux commandes), et sorti en 1965 « Opération Tonnerre » (Thunderball) ne déroge pas la règle établie par son prédécesseur : on reprend les mêmes (acteurs et techniciens) et on en rajoute ; encore plus d’action, de dépaysement, de violence... et moins de vraisemblance. L’évolution du budget sera également la même : Thunderball coûtera autant que les trois premiers Bond réunis.

C’est peut être cette absence de limite (a la fois dans le budget et dans cette volonté d’en mettre plein la vue) qui explique la relative déception causée par le film qui, de plus, souffrira indéniablement de l’absence de Peter Hunt au montage ; « Opération Tonnerre » est un film long, trop long, alignant les péripéties avec la régularité d’un métronome.

Les enjeux restent encore palpitants (le détournement nucléaire), certaines scènes sont vraiment réussies (les bastons chorégraphiées par Bob Simmons, la poursuite pendant la parade, la mort de Fiona Volpe...), les gadgets sont comme d’habitude aussi sympa que fondamentalement inutiles, le méchant interprété par Adolfo Celli ressemble à Raffarin et pourtant, arrivé au dernier tiers du métrage, on a envie que ça finisse, malgré l’énorme baston aquatique finale généreuse en morts violentes.

« Opération Tonnerre » ressemble à un de ces plats dans lesquels on met en grande quantité tout ce qu’on aime... jusqu’à l’indigestion. Hyper ambitieux dans le domaine de l’action, le film n’ose cependant pas s’affranchir totalement de ses bases de thriller d’espionnage et parsème son intrigue de scènes d’expositions et de dialogues qu’il aurait été facile de couper.



Les choses s’arrangent heureusement avec le film suivant : « on ne vit que deux fois », qui, malgré un scénario complètement délirant, reste bien mieux construit que son prédécesseur.

Conscient du faible potentiel spectaculaire du roman de Fleming (en résumé : Après le meurtre de sa femme, Bond traverse une dépression puis part au Japon se venger de Blofeld), Broccoli et Saltzman (et le scénariste Road Dahl) n’en gardent que le lieux et le méchant (encore une fois le SPECTRE), virent tout ce qui ne convient plus (à la trappe la dépression de Bond, son apprentissage des poèmes Haïku avec Tiger Tanaka et le jardin de mort de Blofeld rempli de plantes mortelles) pour livrer un spectacle convenant plus à l’esprit pop et débridé (sans mauvais jeu de mots) des années 60.

Encore plus terrifiant que le chantage nucléaire de « opération tonnerre », le péril à éviter est cette fois la troisième guerre mondiale, orchestrée (comme toujours) par le SPECTRE qui organise depuis le Japon le rapt de capsules spatiales américaines et soviétiques au moyen d’un vaisseau « croque-fusée ».

Il suffit de comparer « on ne vit que deux fois » à « bons baisers de Russie » pour mesurer le chemin parcouru en 5 ans et 3 films. Le scénario ne se donne même plus la peine de maquiller ses invraisemblances et semble même s’en amuser. Le sommet du délire est atteint avec l’extravagant décors de la base secrète de Blofeld, peut-être le chef-d’oeuvre de Ken Adam, qui coûtera à lui seul autant que « James Bond contre Dr No ».

Le film passe pourtant très bien l’épreuve du temps et des visions multiples (bien mieux en tout cas que « opération Tonnerre »), le mérite en revenant à un bien meilleur découpage (Peter Hunt revient au montage contre la promesse de réaliser le prochain Bond) et à une réalisation plus alerte du vétéran Lewis Gilbert. Conscient du tournant définitivement outrancier voire auto-parodique qu’a pris la série, Gilbert arrive toutefois à ménager quelques beaux moments de mise en scène (le plan en hélico, lors de la fuite de Bond sur les toits, le massacre final dans le volcan du SPECTRE), voire même à insuffler une tonalité très « polars japonais » au détour de certaines scènes (les déambulations nocturnes de Bond, toute la séquence suivant le meurtre de Henderson et la baston qui suit).

Bien qu’ayant l’air de moins en moins concerné par son rôle, Connery donne encore une interprétation convaincante de l’espion au permis de tuer. Il sait cependant que ce Bond sera son dernier ; entre deux films, il aura réussi à prouver qu’il était capable de jouer autre chose (« pas de printemps pour Marnie », le grand film malade de Hitchcock, « la colline des hommes perdus » de Sidney Lumet) et en profitera pour négocier une réduction du nombre de Bond qu’il était contractuellement tenu de tourner.

Avec « On ne vit que deux fois » prend fin ce qui restera certainement la meilleure période de la série, celle où chaque film représentait du jamais vu à l’écran en matière de cinéma d’action et où Bond était l’exemple à suivre pour une foule de copieurs.

De la copie à la parodie il n’y a cependant qu’un pas, et Bond ne tardera pas à se faire gentiment railler dans certaines parodies plus ou moins réussies (« James Tont 007 ½ » avec Lando Buzzanca, « Opération Frère Cadet », avec Neil « le frère de » Connery) et Derek Flint (le fringuant James Coburn) le virera même d’une scène à grand coup de pied dans le cul tandis qu’une autre jettera avec mépris un livre des « aventures de 008 » en soulignant la débilité profonde de la chose dans « notre homme Flint » de Daniel Mann. Le coup de grâce sera la sortie également en 1967 de l’énorme « casino royale », vaste entreprise de démolition foutraque et délirante de l’univers Bond (j’y reviendrai).

Avec le départ de Connery, Broccoli et Saltzmann se trouvent confrontés à un double enjeu : trouver un remplaçant à un l’acteur qui sera pour toujours identifié à Bond (« Sean Connery is James Bond ») et introduire un sang neuf dans un concept qui a atteint ses limites.


Dernière édition par Callahan le Dim 25 Avr - 0:56, édité 1 fois
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Message  Callahan le Dim 25 Avr - 0:50

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Par John Constantine
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Au service secret de sa majesté est une pure bombe, je me le suis rematé ce matin : on s'est carrément refait deux fois la poursuite à skis : c'est déjà en soi un film d'action palpitant et ultra thuné (décors, costumes, accessoires, paysages, tout est au top).

L'assaut final enterre ceux de Opération Tonnerre (un chouia trop long) et On ne vit que deux fois (un chouia trop kitsch, la parodie Myeresque d'Austin Powers je sais plus combien n'aidant pas) : j'apprécié tout particulièrement l'utilisation du lance-flammes et le lancer d'acide (geste désespéré d'un savant qu'on demande ce qu'il fout dans un couloir : il est jutse là pour rajouter de l'action). PLUS ! semble hurler les producteurs au loin TOUJOURS PLUS!!!! : et notre héros de foncer sur une luge puis de se jeter sur celle de Blofeld comme un Indy d'avant l'heure.

Mais en plus d'être un film d'aventure top moumoute, Au service secret de sa majesté est un examen soigneux de ce personnage étrange et encore en composition qu'est James Bond au cinéma : la mise en retrait de Q et des gadgets, l'aspect interchangeable de l'acteur qui endosse le smoking déjà pressenti (Lazenby est bon voir gigantesque dans le final : avec Connery jamais on aurait touché une telle grâce) ainsi que sa vacuité (le titre est ironique puisque Bond va jusqu'à envoyer bouler la reine poiur sauver sa belle) et on comprend que les bases sur lesquelles a été lancé le personnage sont déjà désuètes (revoyez le final : c'est l'heure du Flower Power plus que la période manichéenne de la Guerre Froide).

L'étude de caractère est présente à tous les niveaux : Bond ne peut se lancer aux trousses du SPECTRE qu'après sa démission et l'acceptation de séduire la somptueuse Tracy/Diana Rigg (qui reprend les mimiques de Mrs Peel dans la deuxième partie : Dieu, que cette femme est classe), fille d'un magnat d'une organisation criminelle aussi dangereuse (ambiguïté totale de la situation. Or, il en tombe amoureux (là encore impossible d'y croire avec Connery) sans se départir de son côté queutard (qui est renforcé en même temps que mis à l'épreuve des rumeurs d'homosexualité brimée du personnage : brio du scénario lors du passage à l'institut de Blofeld).

Dépouillé de ses artifices (il n'y a pas de chanson générique, le thème ne s'immice qu'à la fin), redécouvrant une humanité ensevelie sous les déguisements et les artifices des sixties déclinantes et par la même un point faible ultime : Bond, dans Au Service secret de sa majesté passe du rang de simple poster-boy du swingin London au rang de légende tragique. Un statut qu'il peinera à retrouver dans les innombrables suites à cet épisode crépusculaire où l'n peut admirer le temps qui passe, symbolisé par le générique, s'amuser au jeu avec les indices musicaux quand Bond range son bureau et verser une larme devant deux plans se répondant.

Tout d'abord, le visage de profil (découpé en silhouette sur fond de soleil levant : toujours la pénombre...) de Bond tenant sa mitrailleuse dans l'hélcio qui le mène au repaire de Blofeld, puis le profil inverse lorsqu'il l'ensevelit dans la chevelure de sa femme assassinée : terminus d'un héros qui a perdu raison d'exister factuellement comme comercialement (rendosser les attributs des premiers films équivaut à rhabiller un cadavre).

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